#balancetonporc #metoo #moiaussi

Je lis depuis quelques jours des posts sur les réseaux sociaux dont l’objet est de discuter de la pertinence de l’utilisation de tel ou tel hashtag pour dénoncer les violences faites aux femmes. Certains, certaines même, dénoncent un phénomène encourageant la délation. Finalement, il suffit de pousser un peu plus loin la réflexion pour se rendre compte que là n’est pas le sujet, véritablement (cf La lettre politique de Laurent Joffrin en date du 23/10/17). Et puis ce chiffre qui circule : une femme sur deux aurait subi de telles agressions au cours de sa vie. Malheureusement, mon petit doigt me dit que nous nous approchons de 100 %. De la même façon que dans la vie d’une personne de confession juive ou musulmane, ou dans la vie d’une personne homosexuelle, ou encore dans la vie d’une personne noire, arabe, asiatique, indienne (la liste n’étant pas exhaustive), il y a à peu près 100 % de risque pour que cette personne subisse à un instant t une agression relative à son apparence physique, son orientation sexuelle, ou encore à la religion qu’elle pratique ou dont elle a hérité. Souvent, ces agressions visent une minorité (quand bien même relative) dans l’environnement donné.

Le plus étonnant avec les femmes c’est qu’elles ne sont pas une minorité. Elles représentent 52% de la population mondiale. Rien ne justifie une quelconque agression d’une personne appartenant à une minorité. Et rien ne justifie non plus l’agression des femmes, quelle que soit la forme de cette agression.

Alors, avec ces hashtags, certains ou certaines pourraient être tenté·e·s de définir une échelle de gravité de l’agression. Est-ce bien nécessaire ? Le fait est que ces deux hashtags ont le mérite indiscutable de libérer la parole, de délier les langues et d’introduire au sein des familles, des couples, des cercles d’ami·e·s, des discussions. Et quelles discussions !!!

Ma fille, 13 ans, me demande si elle pourrait raconter avec le hashtag #balancetonporc la mésaventure vécue il y a 3 jours à peine : elle est sur le passage piéton, elle attend pour pouvoir traverser, un chauffeur de taxi ralentit à son niveau, baisse sa fenêtre et lui lance « eh, tu veux pas monter dans mon taxi ? », puis constatant que je suis là, remonte sa vitre et trace sa route. Cette jeune femme en devenir écarquille les yeux… Comment est-ce possible ? On raconte ou pas ?

Son amie, 13 ans, prend le bus tous les jours et tous les jours, elle doit subir des remarques sexistes, des yeux libidineux posés sur elle, elle se referme sur elle-même, se dissimule autant que possible entre son sac à dos de collégienne et son écharpe grand format. On raconte ou pas ?

Et puis, moi, maman de deux filles… je revisite ma vie. Ma vie personnelle, ma vie professionnelle… Le nombre de fois où j’ai dû encaisser des remarques, des attitudes sexistes, discriminantes, violentes… Une femme sur deux ??? Je penche pour 100% ! Alors pourquoi ce n’est pas ce chiffre qui remonte ?

Il me semble important de dire les choses, d’en parler, de prendre suffisamment de recul pour constater qu’alors même que la parole se libère, nous nous censurons parce que nous, ce n’est pas pareil. Parce que l’une n’a pas été agressée physiquement, juste verbalement, parce que l’autre n’a pas répondu, parce que revisiter sa vie à la lumière de ces hashtags peut être douloureux.

Je suis contre l’amalgame en général mais je suis pour que chacune et chacun puissent s’exprimer et dénoncer ces actes, ces mots qui blessent, font mal, épuisent, malmènent, terrassent, tuent, fragilisent.

Je suis pour que les hommes, s’ils n’en ont pas déjà conscience, réalisent et crient haut et fort que les femmes ne sont pas leur propriété privée et qu’ils se donneront les moyens de se battre contre un héritage sociétal dont ils ne veulent plus.

Je suis pour que les enfants, filles et garçons, puissent grandir avec une conscience aigüe de l’égalité, de la richesse de la différence, du respect de l’autre, du bonheur de vivre ensemble.

Et comme je crois à la théorie des petits pas, je pense qu’il faut en parler un peu tous les jours, pour faire bouger notre monde, en poursuivant cette idée un peu folle qu’un jour nous saurons vivre ensemble.

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